Tranströmer Tomas

Baltiques

            NOCTURNE

Je traverse un village dans la nuit, les maisons surgissent

à la lueur des phares - elles sont réveillées, et elles veulent boire.

Des maisons, des granges, des panneaux, des véhicules sans maître - c'est

maintenant qu'ils se drapent de Vie. Les hommes dorment :

 

certains ont le sommeil paisible, d'autres les traits tendus

comme s'ils pratiquaient un entraînement pénible pour l'éternité.

Quoique leur sommeil soit profond, ils n'osent rien lâcher.

Et reposent comme des barrières baissées quand passe le mystère.

 

Après le village, la route avance longuement parmi les arbres de la forêt.

Et les arbres s'accordent pour se taire.

Ils ont ce teint théâtral qu'on trouve dans les flammes.

Que leurs feuilles sont précises ! Elles me suivent chez moi.

 

Je suis couché et vais m'assoupir, je vois des images et des signes

inconnus qui s'inscrivent d'eux-mêmes derrière mes paupières

sur le mur de la nuit. Une grande enveloppe essaie vainement

de se glisser par l'interstice situé entre le rêve et l'état éveillé.

 

Tomas Tranströmer, " Ciel à moitié achevé", in Baltiques, Oeuvres complètes 1954-2004, trad. du suédois par Jacques Outin, Poésie / Gallimard, 2004, pp.107-108

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