Rigoni Stern Mario

Sentiers sous la neige

          Du haut des montagnes, il sentit venir une très légère odeur silencieuse. Il leva la tête et vit qu'il neigeait sur les sommets. Il regarda la petite fille, il regarda son grand-père : de la main il montra l'horizon et se remit à fendre le bois avec un grand bonheur dans le coeur.

          [...] Il ne refit pas la descente, il ôta ses skis, rentra dans la maison silencieuse, ranima le feu dans la cheminée et resta là jusqu'au soir - quand la maison se remettait à vivre -, à regarder les flammes.

          Le soleil avait fait fondre la neige, la pluie avait lavé les toits et les routes ; les deux peupliers du jardin avaient entrouvert leurs bourgeons et sur leur chemin, le soir, tous les enfants jouaient allègement : comme les hirondelles dans le ciel et les veaux dans le pré.

Mario Rigoni stern, Sentiers sour la neige, traduit de l'italien par Monique Bacelli, La Fosse aux ours, 1999, p.82-83

 

          Ce soir-là, il avait ranimé le feu, en dégageant dessous la cendre la braise du matin. Et maintenant, après avoir suspendu à la chaîne le chaudron avec l'eau pour faire la polenta, il se roulait une cigarette de tabac gris, la seule qu'il pouvait se permettre, toujours réservée à ce moment de la journée. Il regardait les flammes monter sur le fond noir de suie des murs de la cheminée et les étincelles qui se poursuivaient. Il se sentait satisfait de sa journée. Dehors, le ciel était plus bas, et lentement, il avait commencé à neiger. Le seul bruit était celui du feu et de sa respiration.

Mario Rigoni stern, En attendant l'aube, "Noël 1945", traduit de l'italien par Marie-Hélène Angelini, La Fosse aux ours, 2001, p.51

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