Commère Pascal

De l'humilité du monde chez les bousiers

Encore une fumée... Des bêtes là-bas

allant, ou n'étaient-ce pas des bêtes (troupeaux,

ou seulement leur ombre) ? Sous les arbres quelque

chose bouge - ou ne bouge pas ? Ai-je dans les feuilles

avancé, reculé, ou ai-je esquissé un geste ? Rien

aujourd'hui ne tremble, le jour a eu raison

des arbres et du ciel : même les clôtures dorment

- les fils malgré le vent qu'ils griffent sous les épines...

Quand reviendra le jaune, est-ce que, sur cette route

qui descend des collines où je mache aujourd'hui,

il me faudra encore faire comme si rien

jamais ne viendra plus prendre forme lentement

là-bas où les arbres sont des ombres - J'attendrai.

 

Pascal Commère, "Écrit un dimanche soir presque lourd", in De l'humilité du monde chez les bousiers, Obsidiane, 1996, p.35

 

Lointaine approche des troupeaux vers le soir

     ET NOUS NE SAVONS PAS

Pas plus que vous nous ne savons.

La terre grise, le soir, n'a pas faim - se retire

dans les coins des jardins, et les mains

- doigts gonflés - ne vont pas dans les coins.

Les mains servent à tout, et les mains qui nous servent

ne sont pas forcément à nous. Cela

le soir et la terre le savent, qui se servent des nôtres

et mangent loin de nous. Mais les rivières qui débarrassent

ne sont pas plus d'ici, on en surprend qui passent

et, passant les rivières, laissent peu d'elles-mêmes : 

une rumeur seulement qui n'est pas le silence,

un bruit d'eau à peine ; et l'eau le bruit qu'elle fait

donne soif à la terre. Mais le soir vient,

et nous ne savons pas.

                                                                   Mars-décembre 1986.

Pascal Commère, Lointaine approche des troupeaux à vélo vers le soir, Éditions Folle Avoine, 1995, p.116

 

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