Biga Daniel

Le poète ne cotise pas à la sécurité sociale

Ce titre, celui d'un des poèmes de Né nu (poésies 1974-1983) est celui de l'anthologie  qui rassemble les textes de Daniel Biga publiés de 1962 à 2002. Elle est parue au Castor Astral / Écrits des Forges en 2003. Les textes ci-dessous sont extraits de différents recueils.

 

AUX PORTES DE LA VILLE

Il a neigé aux portes de la ville

jusqu'à la naissance de la mer

quelque ébauche de joie de paix de ferveur même

s'est alors infiltrée jusqu'au coeur

des plus imbéciles parmi les hommes

 

sur la noirceur le tintamarre la crasse le plomb

avec son poids léger son silence son calme

presque un jour durant la neige a tenu bon

 

ainsi parfois la neige arrive-t-elle aux portes de la ville

quand le monde est en danger

(Nice, 27 janvier 1986)

Stations de chemin, Poésies 1983-1987, le dé bleu, 1990, p.98.

 

 

[...]

Je marche heureux jusqu'à la prochaine haine

                        soudaine

dans une grande solitude je marche

je marche paisible jusqu'au prochain hurlement

                         soudain

klaxon grincement de freins injures coeur battant

ville hasardeuse

selve dangereuse

derrière chaque poteau un angle

dans chaque angle une déchirure

la morsure d'un fauve de métal

avide de chair vivante de viande rouge

ne rien refuser ne rein refuser rien ne

 

je marche sur le bitume gras

avec la fierté d'un berger Peuhl dans la savane

je grimpe les marches du Palais de justice

avec la même conviction que les pentes des Andes ou de l'Himalaya

à la porte d'un café de quartier deux poules de loterie

montent la garde comme les derniers condors

 

la vie la vie encore la vie

détache-toi de ton cadavre ! 

Détache-toi de ton cadavre, Tarabuste, 1998

 

 

"que mon conte soit beau et se déroule comme un long fil..."

dans son patois de famille grand-père tendrironiqueur

          gran'pa m'appelait de cent noms d'amour

pépé m'affublait de sans non d'oiseaux cent noms oiseux

im ballada nissarda

                     mi suonava païgran païgran dia :

"oh ! Barbalucou ! enfan de degun ! auceu ! auzébicou ! calinier ! marida péou !  [...]

o revois au revoir pas revis pas revu ce chemin reveire aqueu camin

entendre la langue antique chante rit dans l'esgourde primate

respir aux oreillettes du battant du bourdon ancêtres rongés par la terre

païgran maïgrana che sies devengut ?

ô pépé ô mémé ! d'oun siès ancueiu foara la memoria ?

parce qu'il n'y a pas d'ailleurs hors la mémoire

[...]

L'Afrique est en nous, L'Amourier, 2002, pp. 7-8

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