Bernaud Alain

Varanger

                    XXII

Varanger est aujourd'hui décomposé de vent

et la lumière frappe la tempe de chaque chose -

 

Cependant ils ne cessent de tracer la figure plénière du cercle

contre le calme visage de la falaise froide -

 

En mars, aussi sûrs que la lumière

ils reviennent nidifier dans l'abrupt

semblant, à force de coups d'ailes aux pentes translucides du jour

broyer l'infigurable.   (p.33)

 

                     XXXVIII

Que s'est-il envisagé

se risquant au bord neigeux du visible ?

(ayant, comme l'oiseau, transformé sa chute en vol)

qui s'élargit de ce côté-ci (après débordement de débris)

en accidents diaphanes :

 

Grands ciels délavés courant vers l'est ! chassés de partout

où se tissent violentes les frontières décisives

et les froids labyrinthes !

 

Hauts et purs sonnent les grands ciels délavés qui courent vers l'est -

et c'est tout l'espace qui s'éclipse

change d'adresse - et chaque veine en crue -

racine attachée à aucun sol !   (p.49)

Alain Bernaud, Varanger, Isolato, 2010