"Une voix qui répond à une autre voix"

Virginia Woolf, à la fin d'Orlando, écrit :

          "La louange et la gloire, qu'ont-ils à faire avec la poésie ? [...] Écrire de la poésie n'était-ce pas une transaction secrète, une voix répondant à une autre voix ? Tout ce bavardage, par suite, ces louanges et ces blâmes, et ces conversations avec des gens qui vous admirent et ces conversations avec des gens qui ne vous admirent pas avaient aussi peu de rapport que possible avec la chose vraie : une voix qui répond à une autre voix.

          Quoi de plus secret, de plus lent, de plus semblable au commerce des amoureux que la réponse bégayante qu'elle avait faite pendant toutes ces années à la vieille mélopée des bois, aux fermes et aux chevaux bruns qui, col contre col, sont arrêtés devant la grille, au forgeron, à la cuisine, aux champs qui, si laborieusement, portent l'orge, les raves, l'herbe, et au jardin enfin qui fait s'épanouir iris et fritillaires ?"

          Virginia Woolf, Oeuvres romanesques, tome 2, traduit par charles Mauron, Stock, 1974, p.201.

          Cette réflexion sur la poésie n'est pas sans rappeler ce que dit de la musique M. de Sainte-Colombe, le personnage du roman de Pascal Quignard Tous les matins du monde : "Ce sont des offrandes d'eau, des lentilles d'eau, de l'armoise, des petites chenilles vivantes que j'invente parfois en me souvenant d'un nom et des plaisirs. [...] Quand je tire mon archet, c'est un petit morceau de mon coeur vivant que je déchire." (folio, Gallimard, p.75)

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