"Au milieu du ciel"

         CONTE ET POÉSIE

        Andersen  J'ai découvert chez un soldeur un petit livre qui me charme autant qu'un recueil de poèmes : Le Livre des oiseaux, qui rassemble des contes de Hans Christian Andersen, traduits du danois par Régis Boyer (1), tous ont pour personnages des oiseaux et sont accompagnés d'illustrations. L'univers poétique du conteur s'y déploie d'une façon ravissante.

          S'il est un auteur qui a parlé merveilleusement des contes et de leur poésie, c'est bien Cristina Campo dans Les Impardonnables (2). Voici ce qu'elle écrit :

          "Dans les contes, on le sait, il n'y a pas de routes. On marche devant soi comme si l'on suivait une ligne droite. Mais cette ligne, à la fin, se révèlera sous l'aspect d'un labyrinthe, d'un cercle parfait, d'une spirale, d'une étoile - ou même sous l'aspect d'un point immobile que l'âme ne quitta jamais, tandis que le corps et l'esprit redoublaient d'effort dans leur voyage apparent. Il est rare que l'on sache où l'on va, ou tout simplement vers quoi l'on va ; car il est impossible de savoir ce que sont en réalité l'Eau qui chante, la Pomme qui danse, l'Oiseau qui devine. La parole contient et délivre un appel : la parole abstraite et dense, plus forte que toute certitude. [...] Ainsi le but chemine-t-il aux côtés du voyageur." (p.29)

          "Se mettre en chemin, dans le conte, c'est quitter l'espérance terrestre" (p.47

          "À qui échoit, dans le conte, le sort merveilleux ? À celui qui sans espoir s'en remet à l'inespéré." (p.58)

          L'enfant dont l'esprit chemine à l'écoute du conte, l'innocent héros de l'histoire qui se met en route sont confrontés à la mémoire, au rêve, au paysage et à la tradition et "de ce long et insasiable rendez-vous amoureux avec les quatre sphinges - la mémoire, le rêve, le paysage, la tradition -, de ce dialogue toujours incomplet et jamais suffisamment renoué, la poésie se nourrit." (p.41)

          "À commencer par le beauté, dont l'impact est sans mesure. Agit-on jamais, dans un conte, pour autre chose que la pure beauté ? Une beauté abstraite qui, le plus souvent, n'a pas de contours précis et n'est là qu'en suppléance, comme les Trois Oranges qui chantent et dansent ou la Fille du Roi au Palais d'Or. La beauté et la peur, pôles tragiques du conte, sont à la fois ses termes de contradiction et de conciliation. Les plus charnels effrois sont impuissants à détourner le héros de la beauté la plus irréelle [...]" (p.44)

         Cristina Campo  parle du pouvoir de métamorphose qu'elle associe à l'attention. Il n'y a pas plus forte suggestion de ce qu'est la lecture poétique du monde :

          "Quand la Bête se transforme-t-elle en Prince ? Quand le prodige est devenu superflu, quand la métamorphose s'est déjà accomplie chez la Belle, imperceptiblement : désormais purifiée des regrets de l'adolescence, des taches de rouille de l'imagination, il ne subsiste d'elle que l'âme attentive et nue." (p.21)

          "Les oeuvres de poésie qui s'élèvent ainsi au-dessus du temps humain ne furent jamais nombreuses [...] La révélation la plus pure des mondes pluriels [...] survit sans doute dans les nobles drames japonais [...] ils produisent l'inexprimable en tant que seule présence : c'est le geste qui désigne un pin au bord du sentier, c'est une manche sur laquelle la neige est tombée." (pp.41-42)

          Cristina Campo conclut : " Dans le conte, la victoire revient au fou qui raisonne à l'envers,  retourne les masques, discerne le fil secret d'une trame ou l'inexplicable jeu d'échos d'une mélodie ; elle revient à celui qui se déplace avec une précision extatique dans le labyrinthe des formules, des nombres, des allusions, ds rituels - un dédale commun aux évangiles, aux contes et à la poésie. Celui-là, comme le saint, croit à la marche sur les eaux, à la traversée des murs par un esprit ardent. Comme le poète, il croit à la parole : avec elle il crée, il entire des prodiges concrets." (p.58)

(1) Le Livre des oiseaux, Hans christian Andersen, traduit du danois par Régis Boyer, Actes Sud, 2000

(2) Les Impardonnables, Cristina Campo, traduit de l'italien par Francine de Martinoir, Jean-Baptiste Para et Gérard Macé, Éd. L'Arpenteur, 1992

"Au milieu du ciel" est le titre de l'un des essais de Cristina Campo réunis dans cet ouvrage.

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Pour ceux qui n'ont pas accès à Facebook, ici : un lien vers la manifestation Midi-Minuit Poésie à Nantes le week-end du 11-12 octobre 

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