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"Ici, dans cette promesse, est donc le lieu."

Yves Bonnefoy, L'Arrière-pays, Gallimard, coll. Poésie

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Clôture

         Le site Grille de parole ne sera plus alimenté à partir du 6 avril 2015. 

          Mais la page Grille de parole sur Facebook va poursuivre son chemin en poésie....

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Atelier d'écriture : INSURRECTION POÉTIQUE

Affiche printemps des poetes reducÀ l'occasion et dans le cadre du Printemps des Poètes 2015, l'association Des voix au chapitre propose un atelier d'écriture

Insurrection poétique.

Invitation à une parole qui se lève, voix intérieure ou cri lancé, langue chauffée à blanc qui brûle et rayonne, conscience vent debout et vie ardente.

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Samedi 21 mars 2015, de 15h à 17h

Librairie L'Embarcadère, à Saint-Nazaire


Atelier accompagné par Naëma Revillon.

Sur inscription à la librairie, contact@librairielembarcadere.com, ou au 09 72 45 05 03.

À partir de 15 ans.

8 € la séance (6 € pour les adhérent-es de l’association de soutien), au profit de l'association.

          Pour célébrer ce Printemps des PoètesGrille de parole publiera régulièrement des poèmes insurgés sur sa page Facebook.

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Dansez le poème

À l'occasion du 70e anniversaire de la Libération et de la Victoire sur le nazisme

dimanche 9 mars 2014, à l'initiative du mouvement  Dansez le poème imaginé par le chorégraphe José Montalvo sur le poème de Paul Eluard, Liberté !, on a dansé la poésie.

Des vidéos à voir en cliquant ICI

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Le Printemps des Poètes 2015

L'INSURRECTION POETIQUE

17e Printemps des Poètes
DU 7 AU 22 MARS 2015

          "Fait de langue, la poésie est aussi, et peut-être d'abord, « une manière d'être, d'habiter, de s'habiter » comme le disait Georges Perros. 

          Parole levée, vent debout ou chant intérieur, elle manifeste dans la cité une objection radicale et obstinée à tout ce qui diminue l'homme, elle oppose aux vains prestiges du paraître, de l'avoir et du pouvoir, le voeu d'une vie intense et insoumise. Elle est une insurrection de la conscience contre tout ce qui enjoint, simplifie, limite et décourage. Même rebelle, son principe, disait Julien Gracq, est le « sentiment du oui ». Elle invite à prendre feu. "

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes 

         " L’œuvre des poètes suivants illustre, chacune à sa manière notre propos : celle des poètes dadaïstes et surréalistes, celle des poètes du Grand Jeu, de la Résistance, de la négritude ou de la Beat Génération... On peut citer encore pour exemple des poètes comme Vladimir MaïakovskiMarina Tsvetaïeva,Antonin ArtaudNazim HikmetIngrid JonkerCharlotte Delbo,Yannis Ritsos, et plus récemment André Benedetto, Armand Gatti,Jean-Pierre Verheggen ou Taslima Nasreen..."


Le comédien Jacques Bonnaffé sera le parrain du Printemps des Poètes 2015.

 

          En outre, le 17e Printemps des Poètes mettra en avant l'œuvre de Luc Bérimont, qui fait l’objet d’un hommage dans le cadre des célébrations nationales de 2015 à l'occasion du centenaire de sa naissance, ainsi que celle des poètes de l'Ecole de Rochefort.

 

          Nous n'oublierons pas Robert Desnos, poète insurgé, résistant, déporté, mort au camp de Terezin le 8 juin 1945. 70 ans après sa disparition, nous aurons en 2015 l'occasion de saluer sa mémoire.

Toutes ces informations recueillies sur le site officiel du Printemps des Poètes sont accessibles en ligne  avec d'autres encore en cliquant sur ce lien.

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Recours au Poème, version numérique

          Dans la suite de sa déclaration fondatrice, "L’heure est venue d’une extension du domaine de la poésie", la revue en ligne Recours au Poème s'est enrichie d'une édition numérique de recueils que ceux qui aiment la poésie vivante peuvent désormais découvrir.

          "Le livre numérique, appelé également livre électronique ou ebook désigne tout livre distribué sous la forme d’un fichier numérique. L’édition, la diffusion et le stockage de la publication se fait alors sous cette forme. Ce système a différents intérêts tant pour l’éditeur que pour le lecteur : la plupart des livres que nous vous proposons n’auraient pas pu être diffusés aussi largement en version papier car le système éditorial du livre traditionnel n’est pas adapté aux livres à petit tirage. 
         En outre, le livre numérique a aussi des avantages pratiques. Les livres ne prennent plus de place, ils sont transportables facilement, et rendent la lecture plus confortable grâce à la police et au corps du texte adaptables à vos besoins."

         On peut s'abonner en ligne. C'est un bonheur de recevoir ces petits ouvrages : belle maquette, textes vibrants, bouleversants, magnifiques...  Et bien sûr, dès que l'on apprécie un auteur, on a aussi envie de chercher une version papier de ses oeuvres publiées ...

À explorer : Recours au Poème éditeurs

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"Au milieu du ciel"

         CONTE ET POÉSIE

        Andersen  J'ai découvert chez un soldeur un petit livre qui me charme autant qu'un recueil de poèmes : Le Livre des oiseaux, qui rassemble des contes de Hans Christian Andersen, traduits du danois par Régis Boyer (1), tous ont pour personnages des oiseaux et sont accompagnés d'illustrations. L'univers poétique du conteur s'y déploie d'une façon ravissante.

          S'il est un auteur qui a parlé merveilleusement des contes et de leur poésie, c'est bien Cristina Campo dans Les Impardonnables (2). Voici ce qu'elle écrit :

          "Dans les contes, on le sait, il n'y a pas de routes. On marche devant soi comme si l'on suivait une ligne droite. Mais cette ligne, à la fin, se révèlera sous l'aspect d'un labyrinthe, d'un cercle parfait, d'une spirale, d'une étoile - ou même sous l'aspect d'un point immobile que l'âme ne quitta jamais, tandis que le corps et l'esprit redoublaient d'effort dans leur voyage apparent. Il est rare que l'on sache où l'on va, ou tout simplement vers quoi l'on va ; car il est impossible de savoir ce que sont en réalité l'Eau qui chante, la Pomme qui danse, l'Oiseau qui devine. La parole contient et délivre un appel : la parole abstraite et dense, plus forte que toute certitude. [...] Ainsi le but chemine-t-il aux côtés du voyageur." (p.29)

          "Se mettre en chemin, dans le conte, c'est quitter l'espérance terrestre" (p.47

          "À qui échoit, dans le conte, le sort merveilleux ? À celui qui sans espoir s'en remet à l'inespéré." (p.58)

          L'enfant dont l'esprit chemine à l'écoute du conte, l'innocent héros de l'histoire qui se met en route sont confrontés à la mémoire, au rêve, au paysage et à la tradition et "de ce long et insasiable rendez-vous amoureux avec les quatre sphinges - la mémoire, le rêve, le paysage, la tradition -, de ce dialogue toujours incomplet et jamais suffisamment renoué, la poésie se nourrit." (p.41)

          "À commencer par le beauté, dont l'impact est sans mesure. Agit-on jamais, dans un conte, pour autre chose que la pure beauté ? Une beauté abstraite qui, le plus souvent, n'a pas de contours précis et n'est là qu'en suppléance, comme les Trois Oranges qui chantent et dansent ou la Fille du Roi au Palais d'Or. La beauté et la peur, pôles tragiques du conte, sont à la fois ses termes de contradiction et de conciliation. Les plus charnels effrois sont impuissants à détourner le héros de la beauté la plus irréelle [...]" (p.44)

         Cristina Campo  parle du pouvoir de métamorphose qu'elle associe à l'attention. Il n'y a pas plus forte suggestion de ce qu'est la lecture poétique du monde :

          "Quand la Bête se transforme-t-elle en Prince ? Quand le prodige est devenu superflu, quand la métamorphose s'est déjà accomplie chez la Belle, imperceptiblement : désormais purifiée des regrets de l'adolescence, des taches de rouille de l'imagination, il ne subsiste d'elle que l'âme attentive et nue." (p.21)

          "Les oeuvres de poésie qui s'élèvent ainsi au-dessus du temps humain ne furent jamais nombreuses [...] La révélation la plus pure des mondes pluriels [...] survit sans doute dans les nobles drames japonais [...] ils produisent l'inexprimable en tant que seule présence : c'est le geste qui désigne un pin au bord du sentier, c'est une manche sur laquelle la neige est tombée." (pp.41-42)

          Cristina Campo conclut : " Dans le conte, la victoire revient au fou qui raisonne à l'envers,  retourne les masques, discerne le fil secret d'une trame ou l'inexplicable jeu d'échos d'une mélodie ; elle revient à celui qui se déplace avec une précision extatique dans le labyrinthe des formules, des nombres, des allusions, ds rituels - un dédale commun aux évangiles, aux contes et à la poésie. Celui-là, comme le saint, croit à la marche sur les eaux, à la traversée des murs par un esprit ardent. Comme le poète, il croit à la parole : avec elle il crée, il entire des prodiges concrets." (p.58)

(1) Le Livre des oiseaux, Hans christian Andersen, traduit du danois par Régis Boyer, Actes Sud, 2000

(2) Les Impardonnables, Cristina Campo, traduit de l'italien par Francine de Martinoir, Jean-Baptiste Para et Gérard Macé, Éd. L'Arpenteur, 1992

"Au milieu du ciel" est le titre de l'un des essais de Cristina Campo réunis dans cet ouvrage.

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Pour ceux qui n'ont pas accès à Facebook, ici : un lien vers la manifestation Midi-Minuit Poésie à Nantes le week-end du 11-12 octobre 

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"Une voix qui répond à une autre voix"

Virginia Woolf, à la fin d'Orlando, écrit :

          "La louange et la gloire, qu'ont-ils à faire avec la poésie ? [...] Écrire de la poésie n'était-ce pas une transaction secrète, une voix répondant à une autre voix ? Tout ce bavardage, par suite, ces louanges et ces blâmes, et ces conversations avec des gens qui vous admirent et ces conversations avec des gens qui ne vous admirent pas avaient aussi peu de rapport que possible avec la chose vraie : une voix qui répond à une autre voix.

          Quoi de plus secret, de plus lent, de plus semblable au commerce des amoureux que la réponse bégayante qu'elle avait faite pendant toutes ces années à la vieille mélopée des bois, aux fermes et aux chevaux bruns qui, col contre col, sont arrêtés devant la grille, au forgeron, à la cuisine, aux champs qui, si laborieusement, portent l'orge, les raves, l'herbe, et au jardin enfin qui fait s'épanouir iris et fritillaires ?"

          Virginia Woolf, Oeuvres romanesques, tome 2, traduit par charles Mauron, Stock, 1974, p.201.

          Cette réflexion sur la poésie n'est pas sans rappeler ce que dit de la musique M. de Sainte-Colombe, le personnage du roman de Pascal Quignard Tous les matins du monde : "Ce sont des offrandes d'eau, des lentilles d'eau, de l'armoise, des petites chenilles vivantes que j'invente parfois en me souvenant d'un nom et des plaisirs. [...] Quand je tire mon archet, c'est un petit morceau de mon coeur vivant que je déchire." (folio, Gallimard, p.75)

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Billet de rentrée

          Un billet pour signaler que l'annuaire s'est enrichi de plusieus adresses : sites consacrés à la poésie, éditions, revues et  que l'agenda mis à jour annonce 

Gare maritime

de prochaines manifestations.

          Et puisque bientôt aura lieu MIDI-MINUIT-POÉSIE à Nantes, c'est un bonheur de rappeler que le dernier numéro de la revue de la Maison de la Poésie de Nantes, GARE MARITIME 2014, est parue en juin. Il rassemble des textes de tous les auteurs invités en 2013-2014 par la Maison de la Poésie de Nantes au festival MidiMinuitPoésie 2013 et au Pannonica où ont lieu toute l'année des lectures lors de rencontres régulières. Chaque auteur est présenté par un autre écrivain.

          Ce numéro au sommaire bien fourni s'ouvre sur la poésie sud-africaine contemporaine à travers quatre écrivains et se poursuit avec "La Série américaine" des Éditions José Corti. Ce ne sont ensuite pas moins de vingt-deux auteurs dont on peut découvrir des textes, sans compter les deux poètes invités par la revue Ligne 13 pour terminer cette saison. 

          Un CD accompagne ce numéro sur lequel on écoute les poèmes lus par leurs auteurs au cours des soirées.

"je lui lance une pièce de vingt centimes dans le cou
au beau milieu de la foule
et le touche
il décline une neige légère en se retournant
restitue du regard les robes volées et tous les bracelets
tu sais bien les bracelets qui percent la couche de neige en tombant
et ne touchent pas le sol"

Cécile Mainardi, "La Blondeur", in Les Petits Matins", cité dans la revue "Gare Maritime", 2014, p. 34, avec une présentation de Roland Cornthwaite.

Chaque jour, ou presque, on peut retrouvre Grille de parole sur sa page facebook, pour un poème et des informations sur l'actualité de la poésie.

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Les Troubadours

       

Les troubadours

   Pendant mon séjour en terre occitane, une lecture de circonstance s'est imposée : Les Troubadours, Une histoire poétique de Michel Zink (Éd. Perrin, 2013).

          Je reprends ici le propos de l'auteur en quatrième de couverture :

       
   "Les troubadours sont, au XIIe siècle, les auteurs des plus anciennes chansons d'amour composées en langue d'oc, l'une des langues nouvelles qui dans le sud de l'Europe se sont substituées au latin. Leurs poèmes sont si beaux qu'ils ont modelé jusqu'à nos jours les formes et le langage de l'amour.

          "J'ai voulu dans ce livre les faire aimer autant que je les aime, faire sentir tout ce que leurs chansons recèlent de sophistication et de simplicité, de séduction et de profondeur. Comment rendre proche, immédiatement accessible, immédiatement savoureuse, une poésie d'amour vieille de neuf siècles, écrite dans une langue ancienne et à demi étrangère, parfois volontairement obscure et produite par une civilisation désormais si loin de nous ?

          "Ce livre se veut une histoire poétique des troubadours. Il tente de rendre à leur poésie sa fraîcheur en la suivant dans ses méandres, en disant au fil des chansons et à propos de chacune juste ce qu'il faut pour qu'elle nous parle, pour que sa subtilité apparaisse, pour que ses allusions s'éclairent, qu'elle nous enchante et qu'elle vive en nous." 

       Michel Zink

EXTRAITS :

"... sos cors es bels e bos                    ... son corps est beau, parfait

E blancs sotz la vestidura                 Et si blanc sous ses vêtements

(Eu non o dic mas per cuda),           (Je ne le dis que par supposition)

Que la neus, can ilh es nuda,           Que la neige, quand elle est nue,

Par vas lei brun'et escura.                  Semble à côté d'elle brune et obscure."   BERNARD de VENTADOUR

         "Quelle insistance dans ce besoin d'employer nuda, et de le faire venir à la rime avec cuda, comme pour démentir la prudence de la supposition par la brutalité de l'imgination !  Mais l'excès même de la blancheur rend ce corps nu invisible. Comment se le représenter, ce corps si blanc que la neige à côté paraît brune et obscure ? Comment se le représenter, alors qu'il n'est rien d'autre qu'un éblouissement ?", p.223.

"Can vei la lauzeta mover                    Quand je vois l'alouette agiter

De joi sas alas contra-l rai,               De joie ses ailes face au rayon de soleil,

Que s'oblid' e.s laissa chazer            Puis s'oublier elle-même et se laisser tomber

Per doussor c'al cor li vai,                  À cause de la douceur qui lui vient au coeur,

Ai ! tan grans enveya m'en ve           Hélas quelle envie me vient

De cui qu'eu veya jauzion,                  De quiconque je vois jouissant !

Maravilhas ai, car desse                    Je m'étonne qu'à l'instant

Lo cor de dezirer no-m fon.                Mon coeur ne fonde de désir."   BERNARD de VENTADOUR

          "L'accumulation des éléments habituels de l'incipit printanier y est remplacée par cette image épurée, unique, de l'alouette à contre-jour, dans un rayon de soleil. À peine une image (on voit mal à contre-jour, et l'alouette est si petite - un point face au soleil), mais plutôt une sorte de représentation presque abstraite du mouvement." pp.247-248.

          Un ouvrage que j'ai beaucoup aimé, qui m'a intéressée et touchée.

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Une cascade

         Pour inaugurer cette nouvelle catégorie de billets, Feuilles d'herbe, un texte que j'aime particulièrement et dont je ne donne ici que le premier mouvement :

         "Le Second silence de Boris Pasternak", un essai d'André du Bouchet.

          Ce qui revient ici est cette question, lancinante, de la place de la poésie en des temps de détresse...

          Quelle est la place faite à la poésie dans Le Docteur Jivago ? Les poèmes de Jivago sont réunis dans la postface du roman, ils sont le "mobile d'une errance qu'ils nomment survie, et le roman défaite", constate du Bouchet. Ainsi, la place de la poésie dans le roman est préservée en étant laissée vacante, hors du roman. Une scène livre cette intuition :

          "Au milieu de la nuit, Youri Andréievitch s'éveilla, plein d'un sentiment confus de bonheur assez intense pour le réveiller. Le train était arrêté. La gare baignait dans l'obscurité vitreuse d'une nuit blanche. Cette ombre claire était pleine d'on ne sait quoi de délicat et de puissant à la fois qui suggérait un grand paysage dégagé. La gare devait être située sur une hauteur, dominant un horizon large, libre. Sur le quai, conversant à voix basse, passaient des ombres aux pas silencieux. Cela attendrit Youri Andréievitch. Il vit dans la discrétion des voix et des pas un respect de l'heure tardive, un souci du sommeil des voyageurs qui avaient disparu depuis la guerre. Le docteur se trompait. Comme partout ailleurs, le quai retentissait de hurlements, de lourds bruits de bottes. Mais non loin de là il y avait une cascade. C'était elle qui dilatait la nuit blanche et l'animait d'un souffle de fraîcheur et de liberté. C'était elle qui avait rempli le docteur endormi de ce sentiment de bonheur. Le bruit constant et régulier de la chute d'eau régnait sur tous les bruits de la gare et leur donnait l'apparence mensongère du silence."

          Une présence autre crée cette brèche qui illumine soudainement le paysage et convertit sa fureur en silence, "[informant] le poème différé", (p.123). Jivago se trompe, et le narrateur souligne son erreur, mais c'est parce que le poète a une avance sur le vécu. Il traverse la tragédie et perçoit déjà quelque chose autre qui n'a pas encore de nom. Ainsi, "Dans cette distance, dans cette hauteur prise sur la vocifération, nous sommes au vif de l'apparent détachement de Pasternak, de son désengagement essentiel, de cette liberté plénière si inexplicablement sauvegardée dans l'étau. Nous partageons avec lui cet étrange bonheur" (p.120). Pasternak, comme Jivago, traverse les temps du désastre, il ne s'en écarte pas, il en ramène le tumulte jusqu'à un bruissement de voix humaines sur le quai de la gare. Cependant, cet ajournement inattendu par lequel se glissent les signes d'une liberté et d'une réalité autre n'a rien de métaphysique. C'est le souffle d'une cascade, l'odeur des tilleuls, le bruissement des bouleaux (au début du roman) qui le délivrent à côté de la vie-même. Là advient le poème

          Or ce reflux est le temps de la parole retrouvée, celui où le poète écrit dans la dilatation de "la nuit blanche", mais il est projeté hors du roman, dans "le calme encore à venir" (p.126), de telle sorte que les survivants le découvrent à leur tour comme le silence gagné par la parole fondée en poésie.

          André du Bouchet montre que les terribles événements relatés, les chocs violents de l'Histoire vécus par les personnages, sont, pour les survivants à la fin du roman comme ces cris et ces claquements de bottes dans la gare, rendus au silence par la déchirure du réel provoquée par la cascade. Elle élargit la nuit. Ceux qui longtemps après la guerre et les souffrances lisent les poèmes de Jivago découvrent cette respiration : "La victoire n'avait pas apporté la lumière et la délivrance qu'ils en attendaient ; pourtant les signes avant-coureurs de la liberté flottaient dans l'air.", écrit Pasternak cité par du Bouchet, (p.119).

          

          "Le Second silence de Boris Pasternak" est un essai d'André du Bouchet opportunément rassemblé avec les autres essais de cet auteur à propos de la poésie dans  Aveuglante ou banale, ouvrage publié par les Éditions Le Bruit du Temps en 2011.

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"Promenons-nous dans le bois"

           Ce dimanche, aux Rendez-vous du Bois Chevalier...

          L'accueil, en ce début d'après-midi, est  poétique et musical, musical et poétique, alors que dans la ramure résonne la lecture d'un poème de Jacques FournierArbrures,  accompagnée à la flûte et au synthé par The Stoketti Family :  Skiketto family

  " Les premières lueurs du jour

   inondent le feuillage

   l'arbre

   s'abreuve au fil de l'aube"    Jacques Fournier,  Arbrures, Éd. l'épi de seigle     

           On aime, ce dimanche, se promener en toute poésie dans les allées bordées d'arbres immenses, écouter Bernard Noël lire quelques-uns des cinquante-cinq poèmes du Passager du Mont Athos : " Dans P de brancion b noelle ciel au Levant buée blanche / buée [... ]", entendre tout sur la truffe et entrevoir quelques perspectives sur la forêt dans le cinéma japonais, applaudir Paul de Brancion qui vient de recevoir le Prix de la Poésie 2014 des Yvelines pour  Qui s'oppose à l'Angkar est un cadavre, rire et être ému en écoutant la lecture-performance de Patrick Dubost accompagné à la flûte par Gilles de Talhouët et rêver encore de tous les arbres en poésie au cours d'une ultime balade vespérale... 

           ... et, bien sûr, je n'ai pas pu être présente à toutes les propositions de cette riche et belle journée.

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"Un frôlement sans saisie"

Traces

"Poésie : je ne sais pas. Le mot pèse trop. Page écrite, certes, où peut passer quelque chose que je nomme poésie, par défaut de nom pour ce qui circule dans le poème, irradie à partir de la page arrêtée morte en mots. Ce n'est pas seulement retrouver l'émotion ou la force motrice de l'écriture ou ce qui a provoqué le désir d'écriture. C'es plus que cela, comme un frôlement sans saisie. Les mots ne touchent pas, n'empoignent pas, ils s'exténuent à indiquer au plus près quelque chose, un je-ne-sais-quoi qui vibre dans le tas de mots posés sur la page. Si le poème provoque cette expérience, qui envahit tout le corps et pas seulement l'espace mental, alors il est justifié en tant que poème, quelle que soit sa forme et même si l'expérience est d'intensité faible."

Antoine Émaz, Lichen, lichen, ED. Rehauts, p.85

Un lien pour donner à entendre autrement ... :    http://remue.net/spip.php?article6649

Et pour ceux qui sont sur facebook, un lien pour découvrir la page facebook de Grille de parole : www.facebook.com/pages/Grille-de-parole/615163775228088

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Un musée maison d'artistes

LA VILLE DE LA BAULE OUVRE UN MUSÉE ET MET À DISPOSITION DES ARTISTES UN ATELIER EN BORD DE MER situé au Pouliguen, à l'entrée de la Côte sauvage.

          L'artiste Bernard Boesch a fait don de sa villa pouliguennaise à la ville de La Baule. De l’acceptation du legs, en 2005, à aujourd’hui, bien des étapes ont été franchies avant la réalisation d'un musée et de salles dédiées à la vie artistique et culturelle, conformément au voeu de l'artiste. Les deux villas, une face mer et la seconde de l’autre côté de la route, présentent la collection des œuvres et numéraires de Bernard Boesch et s'attachent désormais à promouvoir le monde artistique.

          C'est la “seule maison d’artistes de la côte atlantique”, rappelle Yves Métaireau, Maire de La Baule. Elle aura coûté 1,7 M€, entièrement financé par le legs, la Fondation du patrimoine (30 000 €), Cap Atlantique et le Conseil général (200 000 €).
          Depuis la terrasse, la vue sur la baie coupe le souffle. À l’intérieur de la Villa, l’architecte Guy Poilane a magnifiquement réussi à créer un musée, à dimension humaine, clair et résolument contemporain dans sa conception.  Il est doté d’un fond important de tableaux de Bernard Boesch recouvrant toutes les périodes de l’artiste et ouvert tous les jours au public de 10h à 19h,

          "Depuis le mois d’avril et jusqu'à la fin juin, Le Musée Bernard Boesch accueille son premier résident : une jeune artiste-peintre, écrivain et philosophe, Eugénie Paultre. Les tableaux-poèmes réalisés seront exposés à la fin de son séjour, mais aussi durant toute la période de la résidence dans son atelier. A ne pas manquer, l’occasion de rencontrer l’artiste lors des portes ouvertes pendant les journées de L'Art prend l'air, les 17 et 18 mai."

Musée Bernard Boesch : www.facebook.com/MuseeBernardBoesch

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Apéro-poésie d'avril à l'Embarcadère

Dsc01150Jeudi 24 avril, à la librairie L'Embarcadère à Saint-Nazaire, un apéro-poésie a permis d'écouter et de rencontrer trois auteurs accompagnés de leur éditeur Catherine Tourné des Éditions LANSKINE.

Mathias Lair a lu quelques pages d'un texte âpre, La Chambre morte, un discours adressé à une mère qui disparaît. On ressent toute l'impuissance et la force de la relation entre deux êtres. Cet ouvrage "inclassable" selon le mot de Catherine tourné inaugure une nouvelle collection de petits livres : "Format libre". 

Corinne Lelepvrier a poursuivi, à nouveau autour du thème du deuil, avec la lecture de quelques belles pages de Pourquoi la vie est si belle ? (avec Néo et un peu d'oiseaux - pour aider -). Les phrases se cherchent, palpitent, comme des ailes :  "Je trouve pas : je cherche quelques mots qui diraient encore plus grand que ta vie".

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Elles avaient été choisies en connivence avec les extraits de Douceur, de Jacques Estager que l'auteur a lus ensuite.

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Au texte,
Douceur associe des photographies de Jean-Luc Meyssonnier que Jacques  Estager, avant sa lecture, a présentées à l'assistance dans un format plus grand. L'univers d'ombres et de lumière chatoyante du poète, "déjà rêveur des chambres aux fenêtres sur les jardins", ouvre de façon subtile sur ces images troublantes.

Pour terminer, Paul de Brancion a lu une page de Souffle continue de Nathalie Michel, publié aux Éditions Lanskine, texte ponctué de silences où chaque mot résonne comme un appel du vide.

 

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Mathias Lair : http://www.recoursaupoeme.fr/users/mathias-lair

Jacques Estager : Estager Jacques 

Corinne Lelepfvrier : http://corinnelelepvrier.hautetfort.com/pourquoi-la-vie-est-si-belle-avec-neo-et/

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Jeu de piste poétique

         Belle surprise cet après-midi sur un mur du sentier côtier : une gravure de Jean Bonnet.

      Gravure j bonnet  Jean Bonnet a collé il y a presqu'une dizaine d'années déjà une série d'épreuves de ses gravures comme un jeu de piste poétique le long d'un itinéraire connu de lui seul sur le sentier côtier entre Saint-Nazaire et Saint-Marc. Ces gravures reproduisent des poèmes, sonnet de Ronsard, texte de Vian ou de Pérec. Pour chacun, l'artiste a créé une typographie particulière et une mise en espace originale. Il a confié ces oeuvres au temps qui altère toute chose...

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La poésie au Salon Nau Belles Rencontres 2014

 CE QUI RESTE

En quête de poésie, visite guidée de quelques stands du Salon avec, pour fil d'Ariane, des phrases empruntées à l'un des "feux follets" des Éditions L'escarbille, CE QUI RESTE, de Jean-Paul A. (Et d'un clic sur les noms en noir et en gras, le lien emmène au-delà...)

 "Jamais il ne pourrait laisser s'éteindre ces noms, ses titres. Jeanne, Basile, Massue, Anne, Kostas, Djamila, Tristan, Glögg et tous les autres.

 Il les défendrait tous, jusqu'à la fin." (p.11)

         

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            L'escarbille publie des premiers romans et nouvelles. Parcourir le Salon de la Petite Édition Nau Belles Rencontres qui s'est tenu le week-end dernier au Pouliguen  en compagnie d'un ouvrage de cet éditeur , c'est faire le choix de l'écriture. C'est d'ailleurs chez cet éditeur que Jean-François Dubois a fait paraître des extraits de ses Carnets en 2005, Il y a toujours un chien qui court sur une plage, comme autant  d'instantanés poétiques en prose.

Migrante est 1


         
 Sur le stand des Éditions
Cénomane, un très beau livre,  Migrante est ma demeure. Composée de trois recueils, la trilogie de Nils-Aslak Valkeapää, a été traduite du same du Nord par M.M. Jocelyne Fernandez-Vest et publiée en 2008 par Cénomane. Le texte des poèmes est accompagné par des illustrations de l'auteur et la partition de Pehr Henrik Nordgren fidèle en cela à la tradition orale sur laquelle l'œuvre repose. Un poète est un nomade, il rejoint les peuple des longues migrations ancestrales sur les steppes, dans le vent et l'hiver de neige et de nuit...


          "Les flammes murmuraient à son oreille attentive la voix des choses et tous les secrets du monde." (p.14)

                Abondance d'ouvrages de poésie sur le stand des éditions Esperluète.

Ed l esperluette

Ils associent tous le travail d'écrivains et de plasticiens. La richesse du catalogue, l'émotion née de la rencontre entre la justesse, la beauté des textes et la grâce, le souffle de l'oeuvre plastique laisse à chaque fois bouleversé. On repart avec ces miracles : ces feuillets légers de 10,5 x 20 cm, un poème ou un texte bref, et une gravure, des monotypes, des dessins, des lithographies... La nuit je cherche l'eau d'Anne de Roo et Dominique Van den Bregh, Le violon de Soutter, de Pierre Furlan et Alain Petre, Cinéma, de Frédérique Dolphijn et Loren Capelli, Les oiseaux de Messiaen de Nicole Malinconi et Mélanie Berger. ..   

 "Il ne s'est rien passé. Pourtant, toujours silencieuse, la phrase couve." (p.21)

         

Ed l attente

    Un autre stand où s'attarder : celui des éditions de l'Attente. Des livres comme autant de vitamines, des concentré d'énergie. Chacun est une petite machine à faire danser la langue, et se prête joyeusement, férocement au jeu, s'ébouriffe, s'éclate, se constelle. Des dix premières années d'existence de cette maison qui proposait les textes d'auteurs par le biais des revues et de la micro-édition en reprographie, il reste toujours le goût des ouvrages où l'artiste, le graphiste, le maquettiste jouent avec la partition donnée par l'auteur.

      "Elle offre sa cage aux oiseaux à qui la reluque, à qui glapit, à qui frissonne, à qui bande pour elle. À lui aussi, elle la lui offre." (p.25)

          "Insaisissable, rangée au rayon des courants d'air, elle traverse la piste comme la vie sans rien vouloir d'autre." (p.26)

          Une découverte  : aux éditions Elyzad, deux recueils superbes de Tahar Bekri, Au souvenir de Yunus Emre, poète turc soufi du XIIIe siècle et Salam Gaza dont nous reparlerons sur ce site. Les deux ouvrages sont bilingues français / arabe.  Tahar bekri 1Tahar bekri 2

  Une tartine poétique dans l'après-midi du dimanche : La Cabane Compagnie a dit et mis en danse un passage du roman de Catherine YsmalIrène, Nestor et la vérité, (Éditions Quidam, 2013). Cette mise en voix et en espace a fait surgir la force de ce texte en faisant résonner sa musique, son souffle. Quelqu'un, une femme naissait  dans une palpitation  singulière.

"Il écoutait simplement le silence et regardait dans l'âtre ce reste : une escarbille." (p.35)

          Enfin, et pour que brille longtemps cette "escarbille", on peut se laisser gagner par l'improvisation poétique de Franck Pruja qui, samedi soir, au cours de l'apéro-lecture au café Le Mondès, a improvisé, faisant feu de tout bois, à partir d'une note inscrite sur sa table "Le bouillon Kub à dix centimes" et des genres associés aux titres de son catalogue d'éditeur (indifféremment à toute théorie des genres, a-t-il précisé).

LE BOUILLON KUB À DIX CENTIMES 

Là-bas : Ode à la paixFrank pruja

Ou, i : Temps et langage

De l'image : Essai lumineux

L'estomac des poulpes est étonnant : Romance                                                     

rup&rud l'intégrale : Collection particulière     

Praxis : Poésie politique

AVE : Abrégé d'Histoire romaine

La poésie en string : Les dessous de la poésie

Le léopard est mort avec ses taches : Fourrure polymorphe 

Priorité aux canards : Élégie inverse

Bienvenue Monsieur Gutenberg : Récit typographique

Loin : Épopée

L'espion de Dieu : Vision des tendances de la création littéraire                                       

Movimento : Scénarios sans écran

Expansion sans profondeur : Grammaire de propos

L'ombre des mots qui n'ont pas d'ombre : Formules grammairiennes

[...]

Arrête maintenant : Monologues ubiques

(reproduit avec l'aimable autorisation de Frank Pruja)

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Les porteurs de multitude et l'intarissable

          André du Bouchet, répondant à une question d'Alain Veinstein, pour l'émission Surpris par la nuit, diffusée le 20 novembre 2000 sur France-Culture :

          "La poésie, alors, vous pensez qu'elle a un rôle à jouer ou qu'elle est définitivement menacée ?

          - Elle n'a jamais eu de rôle, justement, et c'est ce qui en fait de la poésie, mais c'est la forme de communication singulière qui est la seule, je crois, réelle. Le fait de ne pas parler pour les autres, dans le langage des autres, fait que, de temps en temps, un autre est atteint réellement. Est réellement touché. Ce qu'on écrit pour soi atteint un soi qui est autre. Alors il y a quelque chose d'extraordinaire qui peut se passer, qui est hors, bien sûr, de la forme de pseudo-communication journalière qui est à l'oeuvre lorsqu'on se précipite, et moi-même du reste, sur un journal, qui est oublié le lendemain, et qu'on ne relit jamais. Il y a, dans la poésie, une forme de communication qui est intarissable, qu'on peut relire indéfiniment, et les quelques-uns qui le font sont des porteurs de multitude. Ce n'est pas dénombrable." 

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Les Éditions La Fosse aux ours

          À l'initiative de l'association Le Sel des mots, une rencontre avec Jean-Pierre Balzan qui dirige les Éditions de La Fosse aux ours a été organisée  à la librairie L'Esprit large à Guérande, mercredi 2 avril, une semaine avant Le Salon de La Petite Édition du Pouliguen.

         A l esprit large  Jean-Pierre Balzan se présente comme un "petit éditeur indépendant". Interrogé par Éric Pessan, il raconte comment il a créé "tout doucement"dans les années 1997, sans diffuseur ni distributeur, une maison d'édition à Lyon, dans le quartier de La Fosse aux ours, avec une vocation de défricheur. Le succès qui a permis a l'entreprise de se poursuivre est venu assez rapidement avec la publication de Mon grain de sable de Luciano Bolis en 1997. Michel Polac a fait l'éloge du roman sur les ondes de France-Inter. Le catalogue rassemble aujourd'hui plus de quatre-vingt-dix titres en littérature française et étrangère. Chacun est assumé. Bien plus, L'éditeur reconnaît  qu'il dit "mes" livres en parlant des ouvrages publiés, "qu'il y a une appropriation". Et c'est désormais Harmonia Mundi qui est le diffuseur de La Fosse aux ours. Jp balzan e pessan

          Des romans pour le goût des histoires, quelques essais, mais pas de poésie ? Non, pas de poésie, mais des auteurs dont l'écriture saisit comme celle des grands poètes. Des exemples : Mario Rigoni Stern, que la Fosse aux ours a largement contribué à faire connaître en France en publiant tous ses livres (à l'exception de Histoire de Tönle, paru chez Verdier), Serge Airoldi, Jean-Pierre Spilmont... [Des extraits des oeuvres de ces auteurs dans l'anthologie sur ce site]

          Et cette remarque de Jean-Pierre Balzan, à méditer :

Ed la fosse aux ours

"Le coût de fabrication d'un livre n'a jamais été aussi bas. Ce qui est difficile, c'est de vendre les livres", étant entendu que le livre est un objet, ce bel objet au papier tramé, à la couverture pourpre, ocre ou verte sur laquelle, longtemps, l'éditeur collait lui-même, à la main, une vignette soigneusement élaborée, choisie. Le travail du livre, sa diffusion, sa vente et sa lecture prennent du temps et restent un engagement, c'est ce que rappellent des rencontres comme celle-ci.

          

          Merci à Nadine Dumas de la librairie L'Esprit large d'avoir accueilli cette réunion.

          Merci au Sel des Mots d'avoir organisé cette rencontre.

          Salon de La Petite Édition du Pouliguen, du vendredi 11 au dimanche 13 avril, de 10h à 19h, salle Baudry

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Mélodies du XXe siècle

          Quel singulier dialogue les oeuvres de trois créateurs, un poète, un musicien, un artiste, ouvrent-elles lorsqu'elles se rencontrent dans l'espace d'une exposition ?

          C'est à cette découverte qu'invite l'exposition de linogravures de Monique Boulant, Mélodies du XXe siècle, au Fort de Villès à Saint-Nazaire.

         P1070633 À l'origine de ce travail, il y a des poèmes d'Apollinaire, Jules Renard, Léon-Pal Fargue, Paul Gilson, Paul Éluard, mis en musique par Satie, Honegger, Dutilleux, Ravel, Poulenc... Monique Boulant à ouvert un autre chemin vers ces oeuvres en réalisant une série de gravures que l'on peut contempler pour elles-mêmes, ou en relisant le texte du poème ou en écoutant la mélodie qui les épouse et les déborde.  P1070635

          Les gravures témoignent d'une inventivité et d'une fraîcheur qui émerveillent. Elles sont d'une facture très sûre où l'on trouve la qualité du dessin, la précision du trait, l'art de la composition qui caractérisent cette artiste.

         Quelle rencontre ici est proposée ? Ni la poésie, ni la musique ne sont le visible. Et voici que l'artiste montre. Comment l'image accompagne-t-elle la danse des mots ? Dans quelle attention ? dans quelle attente ? dans quel désir ? Yves Peyré, dans un très beau livre, Peintures et poésie, Le dialogue par le livre, (Gallimard, 2001) remarque que tout livre de dialogue "naît de l'envie de [...] vérifier les ressources propres à la parole en la confrontant à son autre, à son tout-autre, qui, au plus profond, est surtout son tout-proche." (p.42) Monique Boulant, qui s'est également confrontée à l'écriture, aura peut-être cherché dans ce dialogue avec les poèmes la présence de ce qu'elle cherche dans la défaillance des mots en écrivant.

          Et ce qui est beau, tendrement poignant aussi, est ce frémissement d'une rencontre "toujours [ancrée] dans la ferveur de l'existence", comme le souligne Y. Peyré.    Monique boulant

Mélodies du XXe siècle, linogravures de Monique Boulant, Fort de Villès, Saint-Nazaire, le samedi et le dimanche jusqu'au 6 avril 2014,  de 15h à 19h.

Voir l'album photos de l'exposition : Mélodies du XXe siècle

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Printemps des Poètes à L'Embarcadère

           Vendredi 21 mars 2014, la librairie L'Embarcadère récemment ouverte à Saint-Nazaire fêtait son premier Printemps des Poètes.

           Trois auteurs étaient invités :

Printemps des poetes e   Paul de Brancion pour son livre Qui s'oppose à l'Angkar est un cadavre,

  Mickaël Glück por son recueil Tournant le dos à, 

   Sophie Roch-Veiras pour un premier ouvrage 1, 2, 3 Soleil.

  Ils étaient accompagnés par leur éditrice Catherine Tourné des Éditions Lanskine qui a brièvement présenté chacun d'eux.

  Le temps de lecture par chaque auteur d'extraits de son ouvrage a installé un beau silence plein d'émotion. Paul de Brancion a également lu quelques poèmes de Bruno Normand, auteur édité aussi par Lanskine. Puis un échange animé par Agathe Mallaisé, libraire de l'Embarcadère, a prolongé la découverte des poèmes par une réflexion sur la crête périlleuse où se tient le poète entre le pouvoir de la parole et l'impuissance à dire.

Librairie L'Embarcadère, 41 avenue de la République à Saint-Nazaire

Paul de Brancion : http://www.brancion.eu/

Michaël Glück : http://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/micha%C3%ABl-gl%C3%BCck

 

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